| blind date
la peinture aveugle mise à nu par les célibataires même*
La "blind date" est une pratique qui vient des états-unis et que l'on peut traduire par "rendez-vous aveugle". Il s'agit pour un célibataire de fixer rendez-vous amoureux à une personne qu'il n'a jamais vue, à une heure et un lieu précis (restaurant, café, pub...). Ensuite la rencontre peut évidemment réserver des surprises. Sur ce principe, en tant que peintre travaillant sur l'aveuglement depuis 1993, j'entends concilier expérimentation d'avant-garde et goût du jeu. Je propose donc une exposition/performance atypique et exceptionnelle puisqu'elle se fera et se défera sous les yeux des visiteurs et ne durera qu'un soir. De plus, ceux qui verront l'exposition seront l'exposition. C'est-à-dire qu'ils se retrouveront précisément sur les murs. Exposés.
ce sont les regardeurs qui sont le tableau*
En effet, aventureux, j'invite ceux qui le souhaitent à venir me voir dans un restaurant, café, pub... Au début de la soirée, les murs seront vierges, mais à son arrivée sur place chaque visiteur deviendra modèle, sans passer par l'atelier. Le temps d'un tête-à-tête fugace arrangé comme une rencontre discrète, dans une alcôve, il me retrouvera pour un face-à-face qui précédera la création d'un portrait "à l'aveugle" (le dessin sera effectué les yeux fermés), qui prendra naturellement place sur les murs, transformant ainsi le lieu en galerie.
Plusieurs faits remarquables sont à noter dans ce jeu de miroir. A l'inverse de ce qui se pratique d'ordinaire, le modèle visualisera son portrait avant son auteur (puisque je l'éxécute sans le secours de la vue et sans retouches, travaillant en direct et sans filet) ; ceux qui viendront pour voir l'exposition... s'y verront eux-même. |
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Cette exposition n'existe donc pas sans le regardeur, qui finalement ne viendra rien faire d'autre que voir du monde et se payer sa tête... Quant à moi, qui accumulerai les dessins comme on enchaîne les conquêtes - à ses risques et périls -, il s'agira d'expérimenter ce mot de Goethe : "ce que je n'ai pas dessiné, je ne l'ai pas vu."
tout art exige l'oubli**
Comme on peut se rendre place du terte pour se faire caricaturer et emporter ce dessin comme ultime souvenir de Paris, on pourra bien sûr faire l'acquisition des dessins réalisés ce soir-là. mais, comme on déchire le numéro de téléphone qu'une conquête d'un soir a tenu à vous donner, les oeuvres qui n'auront pas trouvé acquéreur dans la soirée seront détruites à la fin de la performance. Elles ne seront plus qu'un souvenir...
Marcel Bataillard
* d'après Marcel Duchamp
** d'après Friedrich Nietzsche |