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Des peintures à l'aveugle…
L’historicité, tentaculaire, se présente aux yeux de tous par l’intermédiaire des medias, agents du malaise qui habite la "jeune" peinture actuelle. Contre cette emprise Bataillard a pris comme moyen la défiguration en portant atteinte à l’image ou de façon plus absolue en l’élaborant sans contrôle, sans usage de la vue. Rien donc d’analogue, aucune analogie avec l’œuvre de Bacon ou celui des caricaturistes.
Ce qu’il propose est (pour une partie de son œuvre) un travail que l’on ne peut dire hasardeux, mais en soi résurgence d’une lecture fantomatique virtualisée puisque le regard naturel n’en peut corriger l’errement. Travail que dirigent certes les habitudes du tracé de la ligne mais où nul repentir ne se peut manifester. Certes l’esprit dirige le mouvement traçeur, le suspend et la connaissance gravée dans l’inconscient permet les reprises et une certaine distribution qui reste aléatoire.
Ce travail s’est manifesté après celui de la défiguration par apports colorés sur une œuvre figurative. Certes la défiguration existe là aussi, mais on distingue le franchissement, le saut entre ces travaux (1) qui restent tributaires de l’humeur, et ceux qui recourent à une technique nouvelle, utilisée non plus accidentellement mais systématisée et prenant ainsi acte d’une nouvelle discipline.
La voie où s’est engagé Bataillard semble riche en possibilités nouvelles et peut accéder à une discipline insolite où l’art trouvera de nouveaux éléments nous convaincant qu’il n’est ni mythe déchu, ni objet de bazar, mais source créative.
Jacques Lepage
Critique d’art - 1997
(1) peintures formant la "Collection
Permanente du Musée Marcel Bataillard
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Rien à voir
Une fois qu’on a évoqué dérision, scepticisme, second degré ou guignoleries et invoqué les mânes de Duchamp (quoiqu’il faille remonter plus loin et plus haut, au moins jusqu’aux Incohérents ), on a encore rien dit sur certains artistes tels que Marcel Bataillard.
Plus littéraire que tant d’autres et refusant d’être identifié à partir d’un type de media, de filière avec chef de file ou de produit, cette espèce d’artiste a la prétention de penser son travail comme de faire travailler sa pensée, ce qui perturbe les collectionneurs, les critiques mais aussi bien les pères et les pairs, tout ce qui va décorant le co-errant de l’époque.
Tous les moyens sont bons, toutes les techniques requises pour opérer des rapprochements qu’on eût pu, en des temps plus naïfs mais plus gais, qualifier d’émancipateurs : les montages de Marcel Bataillard traquent, truquent, troquent et détraquent les représentations de nos idoles, qu’il s’agisse de la scène de l’art ou plus largement de celle qui se donne comme monde réel. Travail de haute salubrité pour lequel l’artiste se doit de se connaître et il SE peint (ou dé-peint ?) les yeux fermés : ce faisant, il nous aide à reconsidérer notre propre regard, d’autant mieux qu’il assume, avec l’ironie du détachement, une cécité voyante qui est… voyante jusqu’au délire du désir d’immortalité.
C’est peu de dire que le peintre aveugle nous aide à ouvrir les yeux sur nos petites et grandes misères, sur les misères que nous constituons et devenons au gré des regards appris et de prosternations mornes, dévôts de nos veaux d’horreur : ses vues perçantes et cruelles sur la propre stature de l’artiste, sur le statut des mots ou des images de l’heure, nous libèrent des leurres de la transparence.
Pierre Le Pillouër
Poète - 2001
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