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  • Au passage (By the way)

    Carnet de voyage des déplacements de Marcel Bataillard, la série Au passage consiste en un relevé photographique de fenêtres et de portes aveugles ou aveuglées croisées ici et là depuis 2004, tant en France qu’à l’étranger. Chaque photo fait face à l’inscription du lieu et de l’heure de la prise de vue. On sait que l’architecture, art du temps, est étymologiquement celui de clore et couvrir des lieux. Cette suite d’issues condamnées en harmonie ou en rupture avec l’existant, souvent pour empêcher les humains et la lumière d’entrer, met paradoxalement en perspective(1) comment les époques et les hommes transforment l’habitat, et leurs rapports, parfois harmonieux, parfois houleux. Que cet habitat soit en voie d’amélioration, de réhabilitation, de paupérisation ou à l’abandon, les aveuglements volontaires ici exposés, c’est-à-dire accrochés au mur, jouent sur plusieurs tableaux : caché/montré, dedans/dehors, public/privé. Et se mêlent d’histoire et de géographie, de sociologie et d’histoire de l’art, évoquant en creux les hauts et les bas de l’urbanisme(2). En complément, une carte recompose l’espace-temps lié à ces prises de vue qui, associant horaires et lieux sur fond de planisphère ancien et morcelé, propose un itinéraire imaginaire. De même, plusieurs photos au format horizontal de fenêtres et de portes aveugles sont associés à des définitions lapidaires(3) de ce qu’est une issue condamnée, et sont traitées à la manière d’affiches.
    (1) Pour la Renaissance, qui a codifié la perspective occidentale, le tableau est une fenêtre ouverte sur le monde ; pour Clement Greenberg, au vingtième siècle et à New-York, un tableau c’est une surface plane et limitée. Au passage s’appuie sur ces deux positions. (2) La Société française des urbanistes définit l’urbanisme comme « recouvrant l’ensemble des activités humaines, du moment qu’elles s’articulent, dans le temps, avec les territoires ». (3) En tant qu’adjectif, lapidaire désigne un style ferme et concis aussi bien qu’une inscription dans la pierre. C’est aussi le nom d’un outil servant entre autres à pratiquer des ouvertures dans un mur.