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  • Wall of fame

    Figure imposée de la photographie, et qui a assuré sa part de la popularisation de ce medium, la photo d’identité a permis de fixer, voire figer, pour un temps et dans un format pratique, une identité administrative. Aujourd’hui fini de rire : à l’heure où tout un chacun soigne son image, il n’est dorénavant plus permis de sourire sur les portraits mécanisés et normalisés des photomatons (devrait-on plutôt décrire ces auxiliaires d’identité juridique comme des photo-matons ?). La vue de face reproduite sur les documents officiels lorgne du coup davantage du côté du portrait-robot, cette représentation calibrée qui permet de tirer le portrait de n’importe qui sur la base d’un répertoire d’éléments du visage interchangeables, avec ce que cela comporte de de brutalité dans le résultat final. Initialement jeu récompensé au concours Lépine sous le nom de Photos-robot, avant que la police judiciaire ne la rebaptise, cette technique de reconnaissance permet d’identifier et de traquer des suspects à l’échelle du globe et à vue d’oeil. Et il n’y a pas loin du profilage au profil. L’identité elle-même s’est tout à la fois morcelée et globalisée. Ainsi, votre profil Facebook, votre avatar parcourent-ils la surface de la planète via internet et ses réseaux sociaux. Les latins le disaient déjà : «Être, c’est être perçu». La société de l’information, si elle met à disposition continuellement une profusion sans précédent de savoirs, est simultanément société de l’émotion et de l’instantanéité. Péremptoires, les jugements émis sur la toile peuvent ne prendre que le temps d’un clic. On aime aduler, on adore détester. On passe du statut de parfait inconnu à celui de figure incontournable en quelques minutes, quelques heures, sur la foi de ce que l’on a dévoilé brièvement (une photo, une vidéo, une citation, une discussion). La série Wall of Fame entend jouer de ces paradoxes et contradictions. Elle est constituée de reproductions de portraits-robot – conçus volontairement sans lien avec des personnages réels ou ayant réellement existé et avec qui toute ressemblance ne saurait être que fortuite –, moins vrai et plus grand que nature, puisqu’ils s’exposent au format publicitaire de l’affichage urbain. Chacun des individus figuré est étiqueté arbitrairement d’un qualificatif plus ou moins flatteur, ce #tag servant également de socle à son portrait. Libre à vous de célébrer le culte de la personnalité ainsi envisagée, pour le meilleur et pour le pire.