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"Le 15" [15, rue Defly] Nice Vernissage samedi 15 mai à 18h Exposition du 15 mai au 6 juin 2004
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Toujours aussi versé dans la littérature, curieux des
archétypes culturels, irrévérencieux, corse et peintre aveugle, j'ai
cette fois choisi "le mauvais oeil" comme champ
d'investigation. C'était écrit : tôt ou tard le "voyant" devait rencontrer
le "superstitieux".
Car l'on
attribue aussi bien à l'aveugle qu'au guide spirituel ou au chaman
un pouvoir de "vision". Et, comme le peintre, mais pas pour les
mêmes raisons, le religieux croit aux signes. Reste à les
interpréter. Pour ma part j'ai choisi la manière d'un
marabout1, c'est-à-dire à la fois sorcellerie et jeu d'écriture enfantin. Se rencontreront ainsi joyeusement et sans ménagement tradition et gri-gri, légende et graffiti, sagesse populaire et aveuglement, pour dresser un tableau de l'attitude de l'homme face à son destin.
Et,
puisqu'on y est, en Méditerranée.
Mais je ne
présenterai ici aucun dessin ou peinture à l'aveugle. Quoi alors ?
Et bien, quelque part entre la boutique de souvenirs, le magasin de bondieuseries et
le temple zen, sous forme de photos, d'objets, d'assemblages... : des têtes de gorgones et les yeux d'une vierge martyre (respectivement Méduse2, qui
pétrifiait ceux qui la regardaient et sainte Lucie3, qui sous
forme de coquillage passe du statut d'icône religieuse à celui de
porte-bonheur), quelque maudit à la trajectoire exemplaire - Icare,
mal vu des dieux -, des cibles de tir en braille qui vous éviteront
d'être frappés d'un coup du sort, les cornes du diable4 pour ne
pas avoir l'ochju4 et se
sentir bien dans son assiette4 et, enfin,
contre la jalousie, des tags.
Avec un peu
de chance, ça finira bien par ressembler à une exposition, non
?
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1> le terme de "marabout", surtout employé chez les musulmans,
désigne l'homme-médecine, le chaman, le prêtre-magicien, qui
peut guérir ou jeter un sort. Le "marabout" désigne également
un jeu de langage qui consiste à créer une chaîne de mots sans
logique mais basée sur la répétition de la dernière syllabe du
mot précédent (ex : J'en ai marre / Marabout / Bout de ficelle
/ Selle de cheval / Cheval de course... )
2> belle au point de séduire Poséidon,
"Méduse" en fut ensuite punie par Athéna qui la
transforma en monstre dont on ne pouvait soutenir la vue. Elle
fut décapitée par Persée qui, pour la tuer, se servit de son
bouclier comme d'un miroir.
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3> sainte Lucie, aurait refusé de céder aux avances de
son fiancé et, pour le dissuader définitivement, lui aurait
fait parvenir ses yeux sur un plateau. Il l'aurait alors
dénoncée aux romains. Elle fut suppliciée à Syracuse
("j'aimerais tant voir Syracuse...") et les soldats de césar,
n'arrivant pas à la brûler - elle ne montrait d'ardeur que
pour son dieu - lui tranchèrent la gorge. Dieu lui rendit
ensuite la vue. Elle a donné son nom à un coquillage orangé
que l'on peut trouver sur les rives de Corse et de Marseille
et qui est sensé protéger celui qui le porte. |
4> par jalousie, "ch'e tu sia cecu" ou "tu sissi orbu" (que tu sois aveugle) répondra à "qu'il a de beaux yeux !". Pour conjurer un mauvais sort, jeté par exemple par un
envieux qui vous ferait un compliment, il faut faire "les
cornes" avec sa main. En corse, mauvais oeil se traduit
simplement par ochju : il en suffit d'un pour l'avoir
mauvaise. Pour "se faire ôter l'oeil" on peut également avoir
recours au services de signadori (mages) qui effectuent alors
une prière au-dessus d'une assiette blanche remplie d'eau dans
laquelle on verse quelques gouttes d'huile. De la présence
d'yeux dans ce bouillon, l'on déduira préalablement que la
personne est ou non sous l'emprise d'un
sort.
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