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Ben - La newsletter de Ben 10/2009
Nice Culture : Marcel Bataillard à L'Isle sur la Sorgue. Voilà un artiste qui fait mine de ne rien voir et qui voit tout. Certains croient que tout ce que Bataillard fait c'est peindre des traits noirs les yeux fermés sur une feuille blanche. C'est beaucoup plus que ça. Parfois Bataillard c'est le prêtre Zen qui tire une flèche les yeux fermés et qui atteint son objectif, en l'occurrence le centre de l'art.
Marcel Alocco - PerformArts 09/2006
Marcel Bataillard, qui se dit "peintre aveugle", propose "Entre quat' z' yeux" (Editions de l'Ormaie, 2006) textes aussi brefs qu'intelligents : parlant de son vécu de l'art, un artiste peut écrire les yeux fermés et être plus clairvoyant que bien des "critiques" salariés. Mais comme chaque artiste lit d'abord chez les autres ses propres problèmes (note autocritique !) je ferai quelques réserves à propos de certains paragraphes du chapitre Marcel Duchamp était-il de droite ? (...) Quoi que tu y fasses, Marcel, même si tu n'y penses, eux sauront toujours en faire du fric.
Alexandra Jourdan-Dousset - Technikart
"Blind test" 04/2004
Peintre aveugle, voilà comment se définit Marcel Bataillard. Ne te méprend pas, ô toi public, l'artiste n'est pas non-voyant au sens strictement médical, il jouit encore pleinement de ses cinq sens. Marcel a juste choisi de se bander les yeux pour peindre et dessiner ses œuvres. C'est donc dans le noir que naissent ses créations. Mais peut-on réellement parler de créations ? Car loin de se laisser aller à transcrire via le pinceau son propre monde intérieur, Marcel préfère reproduire, à sa manière (...)
De plus en plus stylisées et travaillées, les images nous font oublier qu'elles servent, à la base, à véhiculer une vision du monde, un mode de pensée. Arrêtons de nous servir mécaniquement de nos yeux et développons notre regard intérieur, nos sensations intimes, semble nous dire l'artiste. Cette citation d'Allan Kaprow, fondateur du mouvement happening au début des années 60, résume très bien le travail de Marcel : "tout art d'avant-garde est plutôt une investigation philosophique, une recherche de vérités qu'une activité purement esthétique". Mais attention, tout n'est pas si simple. (...)
Jacques Simonelli - PCA 12/2002
Qu'il te suffise, pour éveiller ta méfiance, de te souvenir du très dérangeant "Jugement de valeur" présenté l'hiver dernier au CIAC de Carros, pour la confusion de bien des visiteurs. Mais d'autres, mieux avisés, y ont vu la confirmation de ce que laissaient pressentir des expositions plus anciennes ("Don Luis, je ne vois plus rien" de Marcel Bataillard, à la galerie Renoir) (...) Bataillard compte parmi les plasticiens les plus doués de notre région. (...)
Marcel Bataillard peint en aveugle, en se cachant volontairement les formes dont sa mémoire est imprégnée, et qu'il restitue, déstructurées mais reconnaissables, en un tracé rapide. On retrouve chez lui un caractère excessif - toujours au sens de Bataille - de la fête et de la déperdition. Il renouvela d'ailleurs la métaphore Œil / Testicule / Corrida / Enucléation chère à l'auteur de "l'Histoire de l'Œil". Le peintre aveugle tisse des linceuls où se gravent des lignes de force de sa mythologie personnelle - Linares, Lacenaire, Marius Jacob, la Corse à jamais rebelle. Le linge qui dérobe à la vue le gisant en perpétue l'image, au terme de ce qui est, au sens étymologique, une iconographie. Ses autoportraits tracés à l'aveugle, jour après jour, sont autant de véroniques où se piège le taureau, ou de voiles de Véronique où s'imprime le visage meurtri de la subjectivité, ce Christ aux outrages des époques bourgeoises. Subjectivité sans cesse refoulée, laminée, leurrée jusqu'à l'écœurement, mais toujours renaissante. (...)
Le "jugement de valeur" prononcé dans le droit fil des formes les plus subversives de la critique contemporaine par Marcel Bataillard (...) est irrévocable. Il tient en cette exacte sentence que prononcent contre elles-mêmes, dans le seul moment de vérité qu'elles connaissent et qui est celui de leurs soldes, les sociétés marchandes : TOUT DOIT DISPARAITRE.
Severine Capeille - e-terviews.org 10/2002
A l'heure où les images sont notre présent quotidien, où leur "vérité" est sans cesse remise en question, où elles sont d'ailleurs censées affirmer la sauvegarde de notre liberté et de notre pensée, Marcel Bataillard leur accorde une clairvoyante cécité et leur permet de témoigner de la nature humaine avec un regard neuf. Car l'essentiel n'est-il pas invisible pour les yeux ? Une rencontre avec un artiste qu'il faudra résolument garder à l'œil ! (...)
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Anne-Cécile Sanchez - Le Point 06/2002
Les Insupportables. Ils sont trois, Marcel Bataillard, Frédéric Brandi, Kristof Everart, et c'est Ben qui les a baptisés. Peinture à l'aveugle, recouvrement de tableaux, improvisations musicales atroces et autres happenings provocateurs les signalent comme des terroristes de l'art contemporain, joyeux pourfendeurs d'idées reçues. (...)
Hélène Jourdan-Gassin -
Art Jonction Le Journal 02/2002
Trop de liberté, trop de dérision, trop de tendresse, trop de citations, trop de paradoxes, trop de culture... Pas assez de souplesse, pas assez d'égoïsme, pas assez de sérieux, pas assez d'école, pas assez de rigueur, pas assez d'appuis... Nos grilles de lecture s'entrechoquent, se mêlent, se superposent. (...)
Avec son postulat "le bon peintre est le peintre aveugle", Marcel Bataillard pousse le bouchon assez loin mais les signes qu'il trace, yeux fermés, sur papiers, vitres et autres supports ont parfois la simplicité de la vérité (l'oiseau s'interroge-t-il sur le tracé de son vol), la beauté d'un idéogramme, notamment certains autoportraits et les dessins qu'il nomme "porno soft" et qui révèlent la délicate et élégante attention qu'il porte au sujet. (...)
Globalement cependant, la prise de risque est grande et le résultat assez émouvant, qu'il s'agisse de références littéraires, Camus, Céline, Erostrate, Lacenaire, Nietzsche, de flirt avec Eros et Tanathos ou de techniques picturales, puisque l'artiste, par son geste aveugle, s'interdit tout repentir.
Marcel Alocco - La Strada 02/2002
Combien de peintres ont-ils écrit qu'ils peignaient pour enfin voir ? La peinture n'est visible que dans l'effort sur la toile. La prétention "déplacée" de Bataillard se disant "peintre aveuglé" quand il ne fait que peindre en aveugle (comme Ernst dans ses frottages, Pollock dans ses drippings...) semble alors à la limite de la naïveté. Plutôt que théorie, domaine où les fantasmes du créateur submergent souvent l'élucidation raisonnable, les écritures des peintres ont surtout valeurs de symptômes (en quoi elles sont toujours vérités). Bataillard joue avec simplicité du pinceau et utilise avec intelligence le châssis couvert d'un voile plastique fragile et transparent (clin d'oeil évident à D. Dezeuze). Il tâtonne. Ce qui n'empêche pas la démarche de Bataillard d'être malgré ses maladresses l'une des explorations les plus pertinentes de notre scène picturale, une de celles qui (avec les dessins d'Anne Gérard, en aveugle aussi !) affirment contre toutes modes sa continuelle et persistante opportunité. Depuis l'obscure clarté des grottes, la peinture reste aveugle(ante) et présente.
Michel Gaudet - PCA 12/2001
Marcel Bataillard est un artiste que l'on peut qualifier de semi-conceptuel car ses travaux procèdent à la fois de l'intention thématique et de la conformité esthétique. (...)
Cette conception n'en est pas moins révélatrice d'une continuité graphique que le geste, appliqué les yeux fermés, autorise. Des tracés sobres et mouvants, volontairement sommaires, illustrent des thèmes (...). Le tout demande évidemment report au catalogue bien fourni, démontrant la logique d'un engagement psychologique, net et fécond.
Frédéric Altmann in "Photographies d'une vie", entretiens avec Jacques Simonelli, éditions de L'Ormaie, 2000.
Depuis trois décennies, avec une belle constance, Alexandre de la Salle commémore son premier éblouissement de ces fugueurs de l'art. Mais attention, ce n'est pas une fin, car, derrière, les gosses sont affamés, ils poussent la porte avec la plus grande fébrilité et seront bientôt prêts à venir grossir le rang de leurs aînés. (...)
- Penses-tu que certains des jeunes créateurs de notre région soient proches de cet esprit de liberté et d'innovation (de l'Ecole de Nice), ce qui n'exclut pas la cohérence du propos ?
- Je pense que Kristof Everart, Marcel Bataillard, Kalam, ont chacun trouvé leur propre langage, dans le droit fil de l'engagement artistique de leurs aînés, ainsi que Luc Boniface ou Moya.
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